Travailler avec Karlheinz Stockhausen - L'art de l'interprétation

Répétition générale, Août 2003.

Karlheinz Stockhausen Jean-Francois Charles Dress Rehearsal

En hommage à Karlheinz Stockhausen, je veux partager avec vous un texte que j'ai écrit en 2003, juste après avoir travaillé avec le compositeur. Plusieurs aspects remarquables de son travail ont été oubliés dans les commentaires qui ont suivis sa disparition. L'un d'entre eux est l'importance de l'interprétation dans sa musique. C'est l'un des souvenirs que nous musiciens garderons après avoir joué la première mondiale et enregistré Rechter Augenbrauentanz (La danse du sourcil droit).

Les musiciens

Dans le studio d'enregistrement, Août 2003.

Karlheinz Stockhausen Jean-Francois Charles Studio d'enregistrement

Impressions (2003)

Stockhausen est un maître de l'interprétation. Certes, il est avant tout compositeur, mais il a également un réel don pour obtenir le meilleur des interprètes avec qui il travaille. Son exigence, son expérience et son oreille intérieure rendent sa présence lors de répétitions très efficace.

Karlheinz Stockhausen CD 59

Rechter Augenbrauentanz est une composition pour deux voix de clarinettes, une voix de clarinette basse, percussion et synthétiseur. Nous avons créé la pièce avec six clarinettes, deux clarinettes basses, percussion et synthétiseur, sous la direction d'Adrian Heger et sous la direction musicale de Karlheinz Stockhausen. Pour cette pièce d'environ une demi-heure, les dix jours de répétitions ont été bien remplis. En effet, une interprétation correcte de la pièce doit être faite avec une grande synchronisation entre les différentes voix (c'est une évidence lorsque l'on joue la Gran Partita de Mozart, mais c'est parfois oublié dans ce que l'on nomme "musique contemporaine"). De plus, Stockhausen prête une attention très méticuleuse à l'équilibre entre les différentes voix. La balance entre telle note aigue des premières clarinettes et telle note medium des secondes peut nécessiter de nombreux essais, corrections, etc.

Comme toutes les partitions du Stockhausen Verlag, les parties séparées étaient d'une grande qualité. S'agissant d'une création, le compositeur voulait encore vérifier et corriger certains détails : un ralenti, une nuance, un point d'orgue ou une respiration ont été ainsi précisés pour que la musique respire, vive.

Et toujours son intérêt pour l'interprétation : il demande de jouer des notes répétées "comme si l'on parlait", il insiste sur le caractère de danse de la pièce ("une danse avec des ballerines, pas avec des bottes !"). Tous ceux qui ont déjà joué sa musique le savent : la musique de Stockhausen, ce n'est pas qu'une formule qui se déploie. C'est aussi beaucoup de travail au plus près des interprètes. Cela a été une fois de plus le cas avec Rechter Augenbrauentanz. La bonne ambiance de travail est aussi à noter (en bonne partie grâce à Suzanne Stephens) et cela s'est ressenti lors du concert de création, où chacun a donné le meilleur de lui-même et nous avons tous pris un réel plaisir à jouer.

Pendant les répétitions (photo Heinz-Peter Linshalm).

Jean-Francois Charles

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